A Propos de SPIRAL JETTY
Par Isabelle le jeudi 3 avril 2008, 13:13 - Débat - Lien permanent
Cette "jetée en spirale", telle en est la traduction, a donné lieu à deux nombreuses inspirations d'autres artistes, connus ou inconnus. Pourquoi la spirale nous inspire-t-elle ?
D'emblée, l'expression "dans une spirale infernale" me vient à l'esprit. S'agit-il de se laisser entrainer dans un mouvement interminable ? en effet, si vous prenez un stylo et que d'un point vous commencer à effectuer le mouvement de la spirale, vous pouvez, à l'infini continuer cette construction. Je laisserai aux scientifiques les raisons de cette possibilité et aux matheux l'explication.
Pour moi, artiste, il s'est agi de la possibilité de m'étendre dans un lieu, commencer petit pour aller vers l'infini de la nature. Si je pars d'un point, c'est pour m'étendre vers l'inconnu, me laisser porter par le rythme de la spirale. Simultanément, il est possible de côtoyer les bords "d'une jetée" en amplifiant le mouvement, cela ne me ramène jamais au point de départ, mais me permet de me projeter vers l'avenir en ayant l'assurance d'un parcours déjà effectué et qui s'élargit avec mes recherches......pour faire bref, si l'on part d'un point d'origine pour aller au-delà de notre connaissance, par la spirale, nous nous éloignons pour retourner à ce point......
Robert Smithson raconte l'histoire de cet espace tournoyant dans son texte "Spiral Jetty" qu'il a publié en 1972.
Pour ma part, je me laisse porter par ce
"jeu de la spirale", au gré de mes inspirations......et pour vous artiste du
land art, que représente la spirale pour vous ? le débat est
ouvert !
Commentaires
Pour moi, la spirale est symbole d'échelle, d'escalier intérieur permettant l'introspection et l'élévation ; elle est synonyme de vie et de vivant, d'énergie et de fluidité, d'expansion et/ou d'accélération et ce si c'est sur plan tant au centre qu'en périphérie, bien que ce soit une toute autre énergie alors.
Matérialisée verticalement, elles parlent plus à mes yeux.
Les études astronomiques ont tendance à confirmer que la plupart des galaxies (la nôtre itou) sont en forme de spirale...
L'homme, depuis la nuit des temps a représenté cette forme (on la retrouve sur des menhirs, chez les égyptiens, les grecs, ...) ...
Si cette forme inspire si souvent les humains, peut-être est-ce parce qu'elle contient en son essence une symbolique ancrée dans l'inconscient collectif : la symbolique de la création, voire même l'évolution de l'univers dans son ensemble... (?)
Bonjour Isabelle,
Ce billet me donne envie de réagir pour apporter quelques précisions sur Spiral Jetty, informations qui pourront, je l’espère, apporter à notre moulin… de l’eau si j'ose dire !
Vous dites :
« Si vous prenez un stylo et que d'un point vous commencer à effectuer le mouvement de la spirale, vous pouvez, à l'infini continuer cette construction »
Attention, chez Smithson, il ne faut pas oublier que sa « jetée en spirale » commence sa course en partant de la berge du Grand Lac Salé et non de son centre, ce que l’on observe dans la séquence sur l’arpentage réalisé par l’artiste visible dans le fameux film éponyme de 1970.
Votre remarque sur l’infini est donc intéressante, car on est bien là au plein cœur de l’univers smithsonnien, mais il faut l’envisager en passant de l’autre côté du miroir, en retournant tous le dispositif. En effet, chez Smithson, c’est en réalité la berge qui devient l’infini, c’est ce bord du lac sensé clore un système (et dans lequel la sculpture s’installe) qui ouvre finalement sur cette idée abstraite de l’infini.
Vous dites ensuite :
« Pour moi, artiste, il s'est agi de la possibilité de m'étendre dans un lieu, commencer petit pour aller vers l'infini de la nature »
Là aussi, il est impossible, pour qui a vu le film d'anthologie de Spiral Jetty (qui fait d’ailleurs partie intégrante de l’œuvre au même titre que les photographies ou les dessins préparatoires), de ne pas repenser à Robert Smithson, terminant sa course effrénée au centre de la spirale, les cheveux au vent, pris dans le tourbillon généré par le mouvement violent des pales de l’hélicoptère en train d’enregistrer la scène.
Son chemin s’arrête là où vous démarrez le vôtre et c’est cela qui est intéressant. On se rend bien compte que la plupart des spirales qui ont été inspirées par Spiral Jetty démarre d’un centre pour aller vers un ailleurs sans fin. Il suffit de faire une recherche par image sur n’importe quel moteur de recherche : rares sont les spirales qui partent d’un point pour se terminer en leur centre.
On pourrait dire que c’est en quelque sorte « l’effet boomerang de Spiral Jetty » : Smithson disparait au centre de sa spirale et chacun des artistes qui s’inspirent de son travail n’ont pas d’autre choix que de repartir dans l’autre sens. Ils sont contraints d’emprunter la jetée, physiquement comme symboliquement, pour se diriger vers un ailleurs dont vous avez raison de souligner qu’il est à la fois tourné « vers l’inconnu » et lié au « rythme de la spirale ». C’est cruel, mais c’est comme cela ! Il faut avouer que Smithson a réussi le tour de force au milieu du XXème siècle de créer une œuvre magistrale, à partir d'une figure pourtant ancestrale et connue, à la portée si grande qu’il est impossible de la saisir vraiment, d’en faire vraiment « quelque chose ». Spiral Jetty est juste là, ancrée dans le sol, à la fois tributaire des caprices du Lac et révélatrice de ce dernier, repliée sur elle-même et ouverte sur l’infini, visible et invisible, physique autant qu’abstraite, gigantesque à l’échelle du site vu par « l’homme muséal » (celui qui a l'habitude de découvrir le monde enfermé entre quatre murs fraichement blanchis) et minuscule au regard des Etats-Unis d’Amérique, envoutante par sa plastique mainte fois reproduite sur papier glacé, intrigante par les rebondissements de son histoire mouvementée, extravagante par les passions qu’elle a pu déchainer, impressionnante par son aura, inspirante, inspirante… toujours inspirante !
Bien à vous
Marc de Verneuil
Observatoire du Land Art (Paris)
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Sorry for the machine translation...
All the best
Marc